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LES AMIS DE DAME MATHILDE
Géants

(les 3 géants de nos amis de Ham)

La géante MATHILDE de près 5 mètres est le symbole de la commune. Mathilde, comtesse du moyen-âge, est née à Roubaix dans l'atelier Machu.

Elle mesure 4m50 pour 70kg environ et nécessite un porteur.
Les Géants sont des héros de légende, des guerriers, des ogres, des professionnels, ou parfois des animaux. Ils racontent une histoire sortie d'une imagination populaire. Ils deviennent l'emblème de la ville qui leur donne vie. Ils se marient parfois après des fiançailles en bonne et due forme, et sont donc accompagnés de leur épouses et enfants.

Les Géants portés sont nés vers le XVème siècle, construits en carton pâte armés d'une structure d'osier très léger avec des têtes sculptées dans le bois. Dès le XVIIème siècle, quelques géants fabriqués sont fabriqués avec des lattes de bois et au milieu du XXème, les procédés se multiplient: des corps sont alors réalisés en fer, en aluminium, ou même en plastique ou polyester.

Le poids des géants s'alourdissant a amené la disparition de beaucoup de géants portés. Autrefois, c'étaient les vanniers ou les mandeliers qui réalisaient les paniers en osier des géants. Les bourreliers, selliers ou cordonniers s'occupaient des harnais. Plusieurs corps de métier se relayaient jusqu'à la phase finale de la création du géant avec la coupe de son costume réservé aux couturières. Si à l'époque la main d'œuvre n'était par chère, aujourd'hui tous les éléments qui peuvent être faits bénévolement sont préférés à ceux de l'artisanat.

Actuellement ce sont les matériaux plastiques qui prédominent sur le carton pâte et le bois, et comme certains géants voyagent de plus en plus, la résine polyester et ses dérivés, grâce à leur imperméabilité, leur solidité, leur entretien aisé, possèdent de plus en plus de partisans. Les géants prennent vie grâce à des associations, des bénévoles et des passionnés. Ils sont peints dans des couleurs vives et habillés avec le plus grand soin.
Le ou les porteurs lui donne vie, en le faisant danser, saluer la foule... Il existe aussi, des géants roulés, posé sur des roulettes, celui-ci est poussé par l'homme logé à l'intérieur ainsi que des géants tirés, Reuze Papa de Dunkerque est posé sur un char tiré par un cheval.

Le plus grand défilé de géants portés s'est déroulé à Steenvoorde, en avril 1993.
Il a obtenu le record français avec 104 géants venu de six pays.

Les musées de Cassel et d'Hazebrouck ont consacré des salles entières pour les géants. Depuis le 25 novembre 2005 les géants de France et de Belgique ont reçu le titre de chefs-d'oeuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité, avec mention spéciale aux fêtes de Cassel et de Douai pour leur faculté à avoir su traverser les époques dans la convivialité. On compte actuellement plus de 300 géants et leur nombre augmente toujours, en voici quelques-uns :

Liste des géants en France calendrier des géants 2010
(liste actualisée en 2010)

Les géants au patrimoine mondial !
Quarante-trois nouveaux Chefs-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité ont été proclamés ce 25 novembre 2005 par le Directeur général de l’UNESCO, Koïchiro Matsuura. Y figurent notamment  les "Géants et dragons processionnels de Belgique et de France". Sont donc concernés les quelque 350 géants de la région Nord-Pas de Calais. C’est la troisième fois que l’UNESCO proclame des Chefs-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel, une distinction mondiale destinée à sensibiliser l’opinion à la valeur de ce patrimoine qui comprend des formes d’expression populaires et traditionnelles telles que les expressions et traditions orales, la musique et la danse, les rituels et la mythologie, les connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers, les savoir-faire liés à l’artisanat traditionnel, ainsi que des espaces culturels. Souvent fragile, ce patrimoine, porteur de diversité culturelle, est essentiel pour l’identité des communautés et des peuples. Les 43 nouveaux Chefs-d’œuvre ont été proposés au Directeur général par un jury composé de 18 membres et présidé par la Princesse Basma Bint Talal (Jordanie) qui s’est réuni du 20 au 24 novembre pour examiner les 64 candidatures nationales et multinationales (74 Etats au total). Ils viennent s’ajouter aux 47 Chefs-d’œuvre proclamés en 2001 et 2003. Vingt-sept des 47 Chefs-d’œuvre déjà proclamés ont bénéficié du soutien de l’UNESCO, grâce notamment à l’appui financier du Japon, pour lancer des projets de sauvegarde. Article officiel


Extrait du site Internet 

http://www.geants-carnaval.org

À l'origine

Les géants apparaissent dans les processions religieuses
urbaines de villes d'Europe occidentale à partir de la fin du 14ème siècle ou du début du 15ème siècle.

Ainsi, dans la Belgique actuelle, saint Christophe marche sur des échasses à Anvers en 1398, lors de l'Ommegang (tour processionnel). Il est le protecteur de la confrérie des arquebusiers. Dans le même défilé, saint Georges, protecteur de la confrérie des arbalétriers, affronte le dragon. Ces deux sujets illustrent des récits de la Légende dorée de Jacques de Voragine (récits de vies de saints dans l'ordre du calendrier racontés vers 1255 par un moine dominicain, professeur de théologie qui deviendra, par après, archevêque de Gênes). Cette hagiographie populaire était largement répandue à la fin de la période médiévale et il n'est pas étonnant que ces deux sujets aient inspiré les organisateurs de processions religieuses.

Saint Christophe, cananéen de grande taille (6 mètres de hauteur), se met au service de l'enfant Jésus à qui il fait franchir un fleuve sous la conduite de l'ermite Cucufas. Ce saint, protecteur des voyageurs, préserve aussi de la mort subite. Il a souvent été représenté dans les églises sous la forme de statues ou de fresques aux 15ème et 16ème siècles (par exemple à la cathédrale d'Amiens). Il est bien présent dans les miniatures ornant les livres d'heures, chez les primitifs flamands (par exemple Jean Van Eyck ou Hans Memling) ou dans le théâtre médiéval des mystères. Un homme de grande taille le représente dans les plus anciens documents mais, souvent, il marche sur échasses ou est représenté par un mannequin. Au 15ème siècle, six figurations l’incarnent dans les anciens Pays-Bas (par exemple Louvain en 1401, Namur en 1455, Ath en 1461), en Espagne (Barcelone, 1424) et en France (Aix-en-Provence, fin du 15ème siècle). Ce personnage ne sort pratiquement plus dans les cortèges d'aujourd'hui. Il est réapparu à Ath en 1976, en provenance de la procession de Flobecq, un village voisin où il marche sur échasses depuis le 18ème siècle.

Le combat de saint Georges et du dragon est lui aussi rapporté dans la Légende dorée. L'histoire est très populaire au 15ème siècle dans les Pays-Bas où elle est attestée dans les processions de douze villes (par exemple Mechelen en 1436, Namur en 1451, Dendermonde en 1458, Zoutleeuw en 1454, Oudenaarde en 1433). A côté de saint Georges, on trouve parfois la pucelle (Namur en 1463) qu'il aurait délivrée des griffes du monstre à Silène en Lybie à la fin du 3ème siècle après Jésus-Christ. Le saint est parfois accompagné de sainte Marguerite (par exemple à Valence en 1400 et à Barcelone en 1424). La sainte, engloutie par le dragon, en est sortie vivante grâce à son crucifix. On assiste donc au mélange de deux histoires différentes.

L'histoire de saint Georges se retrouve également dans les miniatures, chez les peintres (Rogier de la Pasture vers 1438), chez les sculpteurs (Michel Colombe) ou dans le théâtre religieux. Ainsi, au 15ème siècle, la ville de Mons (capitale du Hainaut belge) connaît plusieurs représentations du mystère de saint Georges à l'initiative d'une confrérie vouée au saint protecteur des chevaliers. Dès 1524, le dragon et son adversaire s'affrontent en un jeu processionnel qui est toujours représenté aujourd'hui lors de la fête communale (dimanche de la Trinité).

Saint Georges est moins connu dans les processions françaises. Le dragon participe aux rogations et processions de ce pays où il affronte une personnalité religieuse honorée sur place (saint Clément à Metz avec le Graoully, saint Marcel à Paris,...). Le dragon est rarement de grande taille au 12ème ou au 13ème siècle, il deviendra souvent plus volumineux au fil du temps. La plupart de ces monstres disparaîtront à l'époque contemporaine. Le jeu de saint Georges et du dragon (ou le combat dit Lumeçon) se déroule aujourd'hui sur la grand'place de Mons, le dimanche de 12 h 30 à 13 heures. Entièrement laïcisé, il est une des dernières représentations de ce combat autrefois très répandu dans les anciens Pays-Bas (33 lieux connus aux 15ème et 16ème siècles). Il n'est plus montré en France où la Tarasque maintient la trace du jeu ancien.

La Tarasque, le monstre emblématique de la ville de Tarascon, est aux prises avec sainte Marthe dès le 15ème siècle. Ce dragon animé est encore en vie aujourd'hui même si le contexte a évolué.

A côté des personnages ou des monstres inspirés de la Légende dorée, les processions médiévales donnent aussi une place importante à la Bible, à l'Ancien ou au Nouveau Testament. L'histoire de Goliath et de David est très populaire. La scène biblique voit le triomphe du bien contre le mal, du jeune Hébreu seulement armé d'une fronde contre le robuste géant philistin avec cuirasse, épée et gourdin.
L'histoire est illustrée dans la sculpture (par exemple à la cathédrale de Reims au 13ème siècle), les miniatures (livres d'heures, Bibles, récits historiques), le théâtre religieux (une scène du Mystère du Vieil Testament). La "Bible des pauvres" semble avoir largement contribué à la répandre. On retrouve le combat biblique lors des entrées royales au 15ème siècle : Joyeuse entrée de Philippe le Bon à Dijon en 1454, entrée de Marguerite d'York (troisième femme de Charles le Téméraire) à Mons en 1470, entrée du jeune roi Charles VIII à Paris en 1474, à Rouen en 1485 et à Troyes en 1486. En 1486, Goliath apparaît aussi dans une procession à Venlo au Pays-Bas. Il deviendra, par après, Valuas, fondateur légendaire de la cité.

La scène est jouée dans les processions en Espagne (Barcelone, 1424) et dans les anciens Pays-Bas (Mechelen, 1464 ; Ath, 1481) où Goliath est présent dans douze villes. Ath est la seule où la tradition du combat de David contre le Philistin s'est maintenue jusqu'à nos jours. La scène est sortie de la procession et représentée une seule fois le samedi après les vêpres. Le texte du dialogue (appelé le Bonimée), inspiré par le poète français Guillaume Salluste du Bartas, semble remonter à la fin du 16ème ou au début du 17ème siècle et est fixé depuis 1869. Le Goliath athois conserve vraiment la tradition de la procession médiévale et participe toujours à un jeu processionnel remontant au moins à 1487.

Le Goliath de Dendermonde est plus tardif. C'est le nom attribué, à partir de 1878, au géant anonyme créé en 1626 par la confrérie des arbalétriers placée sous la protection de saint Georges.

Le géant Samson, porte-parole des Hébreux et ennemi des Philistins, n'est pas très présent dans les processions médiévales. Son implantation est liée à la réforme catholique en Autriche dans la vallée du Lungau où, aujourd'hui encore, une dizaine de figures animent les fêtes locales ou la Fête-Dieu. A Ath, Samson est créé en 1679 par la confrérie (serment) des canonniers-arquebusiers. Reconstitué en 1806, après la révolution française, il est aujourd'hui habillé en soldat de l'époque et toujours accompagné d'une escorte armée qui perpétue l'ancienne confrérie. Samson est encore identifié comme héros biblique vu qu'il brandit la mâchoire d'âne et porte la colonne du temple de Dagon. Le cheval Bayard est un thème surtout connu dans les Pays-Bas. Cette histoire du cycle de Charlemagne, racontée dans le roman de Renaud de Montauban, date de la fin du 12ème ou du début du 13ème siècle. Elle relate la lutte de Charlemagne contre les quatre fils Aymon, aidés par leur cheval magique. Au 15ème siècle, cet épisode populaire est bien connu. Il sera largement diffusé aux 17ème et 18ème siècles dans les éditions de la Bibliothèque bleue (livrets de colportage). Dans les anciens Pays-Bas, le cheval Bayard défile dans de nombreuses villes, (par exemple : Mechelen en 1416, Dendermonde avant 1461 et Ath avant 1462). Il anime encore aujourd'hui les fêtes de ces villes. A Ath, tous les ans, à Dendermonde tous les dix ans et à Mechelen lors des processions vouées à Notre-Dame d'Hanswijk.

Les animaux gigantesques sont venus se joindre aux processions, principalement à partir du 17ème siècle. Ces "ménageries" sont parfois fort pittoresques et parfois d'origine religieuse : ainsi, l'Aigle peut évoquer l'évangile de saint Jean, la Baleine rappelle l'histoire de Jonas, les chameaux transportent les rois mages...

L'Aigle est présent à Ath depuis le 17ème siècle. Géant des tailleurs, il est pris en charge par la confrérie Saint-Maur. En 1854, à l'occasion d'une visite royale, il devient bicéphale pour évoquer les armes de la ville. L'Aigle est un animal ambivalent. Il est parfois cruel et malfaisant mais, le plus souvent, il est bénéfique, qu'il évoque saint Jean l'évangéliste ou qu'il soit l'oiseau solaire, symbole du pouvoir ou encore qu'il représente symboliquement le Christ qui conduit les âmes vers le ciel.

On trouve aussi des Chameaux à Mechelen dès le 16ème siècle et à Dendermonde dès le 18ème siècle. A Dendermonde, une baleine arrose les spectateurs depuis le 18ème siècle. Il y a aussi un petit cheval sans queue.

Le Poulain de Pézenas est un bon représentant des animaux présents dans les fêtes de l’Hérault. Il est attesté depuis 1622 lors de la visite de Louis XIII. La légende situe son émergence au moyen âge. Il sort aujourd’hui au carnaval, contrôlé par son meneur Pampille. Porté par neuf hommes, il transporte deux mannequins, Estienou et Estienetta.

Ainsi, dans ces villes, la ménagerie a laissé des traces jusqu'à nos jours. Ces bêtes gigantesques sont bien présentes en Belgique et en France.

Peu de géants actuels rappellent la mythologie gréco-romaine. Le Mars de Dendermonde, géant de la gilde des arquebusiers de Saint-André, apparaît en 1682.

De nombreuses villes possèdent des géants anonymes. C'est le cas dans le Nord de la France. Le Gayant de Douai est créé en 1530 par la corporation des manneliers et, l'année suivante, les fruitiers lui donnent une femme, Madame Gayant (aujourd'hui appelée Marie Cagenon).

A partir des 17ème et 18ème siècles, les figures sont généralement des personnages populaires parfois constitués en familles. Il en est ainsi des géants de Bruxelles transmis à la société du Meyboom au début du 19ème siècle : Bompa (grand'père), Bomma (grand'mère), Mieke et Janneke et leurs enfants Rooske et Jefke et, depuis 1982, le garde-champêtre Pietje. Le côté populaire et familial se retrouve à Cassel avec Reuze Papa (1826) et Reuze Maman (1860). Il est aussi bien en évidence à Mechelen où le géant de 1492 aura une compagne en 1549. Le grand-père naît en 1600 et les trois enfants (Janneke, Klaaske et Mieke) en 1618. De 1615 à 1680, le groupe est accompagné d’une femme de chambre. A Douai, le couple gigantesque aura un premier enfant en 1678 (probablement Jacquot), un second en 1687 (probablement Fillion) et un petit garçon (Binbin) en 1715. A Ath, le conseil communal donnera une femme à Goliath en 1715.

L'influence de l'histoire nationale ou locale se fait souvent sentir. Certaines figures ont une portée limitée, symbolisant une ville, une époque ou un fait historique précis selon le contexte de l'époque. Ainsi, à Ath, au 18ème siècle, les archers créent un géant appelé Tyran (peut-être le tireur à l'arc). Ce personnage sera transformé en Ambiorix en 1850 pour rappeler un fait d'histoire nationale au début de l'indépendance de la Belgique. En 1860, un nouveau mannequin personnifie la Ville d'Ath. Il est appelé Mademoiselle Victoire en souvenir de la figure créée en 1793 pour célébrer la défaite des armées françaises face à l'Autriche. A Venlo, le Goliath de la procession du 15ème siècle est devenu Valuas, fondateur légendaire de la cité. Il est accompagné d’une femme appelée Guntrud au 20ème siècle.

Texte de J-P Ducastelle, ©2004 - (dossier de candidature multinationale des géants et de leurs fêtes au titre de chefs-d'œuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité auprès de l'Unesco).

La grande famille des géants
Enracinés dans la culture locale et régionale, les géants sont environ 500 dans le nord de la France. En Belgique, c'est plus de 1500 géants qui animent les fêtes locales. La tradition est très vivante aussi en Espagne avec plus de 2000 géants, notamment en Catalogne. Il est difficile de dénombrer les géants précisément parce qu'il s'agit d'un patrimoine vivant. Certains géants disparaissent pour renaître plusieurs années plus tard. Il y a des naissances tous les ans. Un inventaire précis demande une réactualisation permanente qui nécessite beaucoup de moyens. C'est pourquoi les chiffres diffèrent selon les critères du recensement. De plus, il faut aussi définir précisément ce qu'on entend par le terme géant ; pour appréhender cet art et cette tradition populaire, il faut parcourir l'ensemble des documents, proposés ici de manière interactive abordant sous différents angles les géants et leurs fêtes.

D’origine médiévale, les géants de l’Europe occidentale sont nés des processions communales et religieuses dès le 15ème siècle. Ces figures gigantesques illustrent alors des épisodes de la Bible (Goliath), des récits de la Légende dorée (Saint Christophe) ou des histoires du cycle de Charlemagne (Cheval Bayard et les fils Aymon). Aujourd'hui, les géants ont perdu leur caractère religieux et témoignent de la richesse historique et culturelle liée à l'identité locale.

Emblèmes d’une ville, d’un quartier, d'une association, ces grands mannequins d'osier représentent des héros historiques ou légendaires, des figures locales, des métiers, des animaux, des dragons...

Construits pour être portés par une ou plusieurs personnes, ils dansent et animent les rues de la cité, accompagnés de leur musique. Les géants sont associés à la vie de la communauté qu'ils représentent, ils peuvent se marier et avoir des enfants, s'inviter entre eux, voyager et cela donne lieu à de grandes fêtes populaires internationales.

L'âme collective du géant

À l’origine de la naissance d’un géant
, il y a toujours le rêve et la volonté d’un groupe de personnes. Les associations et les élus souhaitent et projettent la création d’une fête dont le géant sera l’emblème.
Fait pour durer, le géant devient le symbole vivant de la ville ou du quartier et il contribue à raviver la mémoire collective.

Elément visible du patrimoine immatériel de la communauté, il favorise le lien social. Le géant pourra représenter un homme, une femme, un enfant, un boulanger, un pêcheur, un animal, un roi, un chanteur, un personnage merveilleux…

Le choix est grand et infini ! Le choix de la représentation du géant est aussi guidé par la fête à laquelle il est associé et par l’histoire de cette fête, par exemple le géant Saint-Nicolas et sa fête en décembre ou le géant Gargantua à Bailleul pour le Mardi Gras.

Suivant les ressources humaines et matérielles, le géant est porté ou se déplace sur roulettes. Il peut mesurer deux mètres pour les géants enfants à plus de quatorze mètres de haut pour le géant de Nieuport (vingt-quatre porteurs).

L’apparence du géant est importante mais aussi les techniques employées pour favoriser le portage du géant, l’entretien du géant et sa conservation. Aussi fait-on souvent appel à des artisans géantiers, professionnels qui ont expérience et savoir faire. Mais le géant est aussi parfois réalisé avec les moyens du bord, de façon bénévole.

Conçu spécialement pour la manifestation, le géant trouve alors toute sa place dans le déroulement de sa fête, la fête du géant...

Les géants à la fête

S’il y a bien un élément qui réunit le monde bigarré des géants, c’est la fête !
Qu’ils soient français, belges, espagnols ou autrichiens, les géants défilent dans les ducasses, les kermesses ou les fêtes patronales. Ils s’amusent et dansent au gré des sorties carnavalesques. La fête donne un sens au géant ; le géant donne un sens à la fête. Dans le sud de la France, les animaux totémiques comme la Tarasque à Tarascon ou le Poulain à Pézenas sont indissociables de leurs fêtes tout comme les géants du nord de l’Europe. La Tarasque a participé à la grande parade des géants de Lille, capitale européenne de la culture en 2004. Si les géants émergent de ces festivités, ils ne sont pas seuls. Les personnages gigantesques et les animaux fantastiques font partie d’un ensemble d’éléments et de traditions. Tantôt, ils sont entourés de chevaux-jupons, d’hommes de feuilles ou de diables, tantôt, ils s’intègrent à un cortège haut en couleurs, avec des chars de fantaisie, des groupes historiques ou des ensembles musicaux.

Ils ne se contentent pas de défiler. Ils aiment jouer avec le public. A Mons, la queue du dragon est happée par la foule qui arrache les crins porte-bonheur. A Cassel, la foule retient les géants Reuze Papa et Reuze Maman pour des danses qui n’en finissent plus. Les géants du Meyboom, à Bruxelles, profitent de leur légèreté et de leurs bras mobiles pour taquiner le public dans de grands mouvements de va-et-vient. Au-delà, aller voir danser les géants, c’est surtout se retrouver, partager un moment privilégié avec des amis ou sa famille.

Le géant, citoyen modèle

Le géant vit, danse, se marie, a des enfants, tout comme les gens qui le font vivre et danser
.
Il est souvent considéré comme le citoyen modèle de la cité, qu’il soit ouvrier, enfant, seigneur ou paysan. Sa place traditionnelle est dans la rue et il symbolise de façon festive l’appartenance à une communauté. Par exemple, à Douai, les Douaisiens s’appellent entre eux “les enfants de Gayant”.

La fête du géant, fête de rue, est liée à des repères identifiés comme “lieux de vie” de la ville : mairie, commerces, places, cafés, constituent autant de haltes ludiques et festives sur le parcours du géant et du cortège. Or, l’évolution du tissu urbain ne va pas dans le sens du maintien d’un environnement propice aux géants et doit faire l’objet d’une attention particulière comme à Ath, où a lieu la ducasse depuis plus de 500 ans. Dans cette ville, depuis plus de dix ans, les nouveaux aménagements sont prévus pour convenir au bon déroulement de la fête : les pavés ont été rabotés afin que les porteurs des géants ne glissent pas, les carrefours sont étudiés pour que les grands chars tirés par les chevaux de trait virent sans problème.

Dans les communes avec de nouveaux quartiers constitués de grands ensembles, les géants trouvent difficilement leur place : ici “écrasés” par la taille des immeubles et des tours, là, incongrus dans des voies privées, des lotissements dortoirs sans magasins, sans cafés, sans vie collective. La fête populaire calendaire et le géant apportent du merveilleux et de l’enchantement et transforment ainsi le regard porté sur l’environnement quotidien, révèlant l’espace public dans toutes ses dimensions.

De génération en génération

Depuis la fin des années 1970, les géants connaissent une véritable poussée démographique en Belgique et dans le Nord de la France
.
Le même mouvement s’observe aussi en Catalogne espagnole. Doit-on y voir la volonté de retrouver ses racines et l’authenticité des traditions, la nécessité pour les collectivités locales de renforcer leur identité ou tout simplement le plaisir de faire la fête ? Peut-être tout cela à la fois.

Les glorieux anciens regardent ce phénomène avec intérêt. Des cités comme Douai, Cassel, Ath, Termonde ou Malines voient les géants défiler depuis de nombreuses générations. Les porteurs se succèdent de père en fils, les artisans transmettent leur savoir-faire, les cuisinières s’échangent la recette des plats de fête.

À Ath, le géant Goliath est apparu en 1481. A Douai, c'est depuis 1530 qu’on connait des géants, des “gayants” en langue picarde. Depuis leur origine, ces géants ont connu bien des vicissitudes. Nés à la fin du moyen âge, ils ont abandonné peu à peu les processions religieuses au profit de cortèges laïcs. Certains ont même connu la destruction. La tête de Goliath, telle qu’on la connait aujourd'hui, a été sculptée en 1806. Gayant a été reconstitué en 1954.

Les géants nouveaux-nés prolongeront-ils ce mouvement ? Sauront-ils passer le cap de la première génération et traverser les décennies ? Il faut espérer que, dans ce monde qui va toujours plus vite, créer un géant n’est pas devenu un effet de mode ou une simple technique de communication.